Parisienne 8

huile sur toile, 100x100cm

« Le point de fuite permet l’au-delà. Qu’on le supprime, et il n’y a plus que du là. Du ici. Et le temps alors est entièrement du présent. L’image que je veux est du là, toujours là, qui fixe le présent. Cette image, quand nous sommes libres, nous ne pouvons la supporter, ce qui nous amène à renverser la situation pour devenir le point de fuite de l’image: sa fenêtre sur la mort. » Bernard Noël in « Journal du regard ».

Parisienne 7

huile sur toile, 130×97 cm

Le tableau est une sorte de piège. Il s’agît de mettre le regard en tension, de troubler son habitude, le désaxer, l’empêcher de voir en rond, lui restituer son étonnement primal. Par des perspectives contradictoires, le vertige d’un ou de plusieurs points de vue, une confrontation insolite de couleurs, établir une tension entre l’espace référent « réel » et l’espace pictural, entre le concret et l’abstrait, la touche et la forme. De cette tension seule peut naître la présence, si le tableau est réussi. Sur ce point je suis Cézannien.

Parisienne 6

huile sur toile, 97×130 cm

« Un tableau, c’est autre chose tout de même qu’un découpage arbitraire dans la réalité extérieure. Du fait du cadre, il y a un centre qui résulte de l’intersection des deux diagonales. Et l’art du peintre est de provoquer l’oeil du spectateur à un report, à une discussion entre ce centre géométrique et donné et celui qui, par le fait de la couleur sans doute et du dessin, – mais d’autre chose surtout! – résulte de la composition, un centre, je devrais dire plutôt un foyer, créant un tirage, un appel commun venant de l’intérieur et adressé à tous les objets divers que le cadre oblige à faire quelque chose ensemble; et pourquoi ne pas employer le vrai mot, un sens ! qui constitue ce qu’on appelle le sujet… il s’agît d’une idée, rebelle ou non, à la formule. » Paul Claudel in « L’oeil écoute ».

Parisienne 5

huile sur toile, 100×100 cm

Comme chaque fois, le tableau terminé m’interroge. Car il n’est réussi qu’à proportion de ce qu’il a débordé mon intention. Il parle tout seul. Que m’apprend-t-il ? Cette question participe de la fascination. Si je compare cette « Parisienne » à un tableau de la série des « Forêts », par exemple « Ce qui se trame », la tension entre le fond et la forme s’y marque de manière non pas contraire mais très différente. Tandis qu’avec cette Forêt la multiplicité fluide des jeux de tension dans l’ordonnancement des touches de couleurs compose un point de vue plus émergent que directeur (forêts) , la Parisienne synthétise et exacerbe la tension sous la direction unitaire du point de vue. Le contour s’affirme, la forme autoritaire s’impose bien qu’ici le fond contre-attaque.

Parisienne 4

huile sur toile, 100×100 cm

« Les images du peintre ne sont pas seulement le reflet des choses et celui de nos pensées; elles sont le lieu où les identités réciproquement se croisent et se découvrent. La peinture met ainsi dans nos yeux un air à travers lequel nous n’avions encore jamais regardé. Cet air est la jeunesse du regard. Son perpétuel retour. » Bernard Noël in « Journal du regard ».

Parisienne 3

huile sur toile, 89×116 cm

Dans la tension entre le réel et l’abstraction naît la figure. Michel Guérin le philosophe de la « Figurologie » en décèle la production dans l’énergie du geste. Le geste de peindre, au delà de la représentation est foncièrement figuratif.

Parisienne 2

huile sur toile, 89×116 cm

En parallèle de ma série des forêts je voulais faire une série sur la ville. Les Parisiennes se sont imposées. Face aux forêts dont le chaos végétal rechigne à toute formalisation de la vision, c’est une apologie de la forme qui m’entraîne ici avec ces passantes saisies dans la verticalité minérale de la ville. Car l’idéalité et l’abstraction de la forme sont foncièrement citadines. Je comprends que ce fameux paysage aperçu à l’envers, qui ouvrit le chemin de Kandinsky vers l’abstraction, l’ait conduit naturellement vers l’harmonie géométrique et minérale de ses dernières oeuvres.

Parisienne 1

huile sur toile, 116×89 cm

La peinture de l’après-guerre, dominée par l’ Expressionnisme abstrait américain et son théoricien Greenberg, a fait de la surface la vérité de l’oeuvre picturale. Malheur à qui ne voulait pas s’aplatir! Comme le motif, l’espace perspectif était mis au rencard et la peinture, à part chez de fortes têtes comme Lucian Freud, Francis Bacon, Martial Raysse (seconde période) et d’autres encore à reconnaître, se détacha du monde. Il ne fallait plus voir mais exprimer d’abord. Ici, je regarde à la surface et je vois passer des Parisiennes qui jouent les abstractions…