L’élégante, portrait de Rosy B.

huile sur toile, 100x100cm

Rosy, ma nièce, est toujours d’une élégance incomparable. Jusqu’à l’exubérance même. Sa science des parures ordonne le jeu de ses métamorphoses, chaque jour, suivant le temps et l’humeur. Toujours quelque peu princesse évidemment… On m’a demandé d’expliciter ma façon de « travailler ». Je dessine assez peu, cela reviendra peut-être mais je vois en peinture. Je capte le modèle (la proie) avec un petit appareil photo de poche, à brûle pourpoint, lors d’une rencontre. Les photos sont généralement floues car improvisées et mal éclairées pour une optique basique, mais cela n’importe guère. Je « redessine » alors l’image sur l’ordinateur. Je cherche l’image de base qui prépare la direction vers où je vais peindre. J’effectue un tirage en 21×29,7 à l’imprimante, que je place sur un pupitre. Commence alors la quête d’une présence avec ma main, ma mémoire et mon désir. L’essentiel se joue dans le rapport au fond. La question de la ressemblance, pour moi, se joue là, entre la main et la mémoire, au crible de la lumière. Le fond naît du pinceau, car l’image photographique à cédé la place à la peinture, à l’interprétation picturale. Le tableau est fini quand le modèle me reconnaît, qui bien souvent ne se reconnait pas.

La visionnaire, portrait de Valentine H. de Ganay

huile sur toile, 100×100 cm

« Nourrir Paris. C’est encore une formule, bien sûr. Presqu’une blague tellement c’est prétentieux, je me rends bien compte. Mais il faut bien insuffler une direction. De toutes les façons, moi, si je ne raconte pas une histoire en même temps ou avant ou après, je ne peux rien faire. Et d’autant plus que pendant ce temps que je passe dans la plaine, au potager ou à mon bureau à traiter les affaires de la plaine ou du potager, je n’écris plus… » Co-propriétaire du domaine de Courances où elle est née, Valentine de Ganay décide il y a plus de dix ans de créer un jardin bio, une AMAP, « Les jardins de Courances » et de passer progressivement 500 hectares du domaine familial en bio et « conservation des sols ». A 50 kms de Paris, au pied du Château et de son jardin d’eau, l’expérience, unique en France, a demandé et demande une pugnacité et un mépris du politiquement correct dont Valentine a heureusement la formule. J’ai tenté de saisir cette énergie réjouissante.

La Jardinière, portrait de Valérie H.

huile sur toile, 100×100 cm coll. particulière

« Un bon portrait n’est pas seulement un portrait dans lequel se propose la représentation fidèle d’un modèle: non seulement la copie doit « ressembler » au modèle, mais elle ne peut le faire qu’en imitant ce qui fait que le modèle ne ressemble qu’à lui-même, donc est inimitable; c’est l’imitation de l’inimitable qui fait la qualité d’un portrait: autrement dit la ressemblance ne peut se donner à lire que comme différence. Si le tableau ne représente pas ce qui est inimitable, le portrait n’est qu’un « portrait-robot », le tableau devient tableau « de genre », représentant un certain type d’homme, etc. » Jean-Marie Pontevia

La surprenante, portrait de Justine B.

huile sur toile, 100x100cm Coll. particulière

Peindre le portrait d’une personne très proche est ce qu’il y a de plus inquiétant, de plus difficile et de plus émouvant. Car l’enjeu de ressemblance est à son comble. Non pas la ressemblance du selfie, évidemment, qui n’est qu’une ressemblance mécanique et statistique (d’autant que la plupart des appareils à selfie produisent une image à partir de plusieurs prises de vue en « corrigeant » les formes selon un standard programmé), non, la vraie ressemblance, celle qui implique le regard, et pour le peintre, de façon manifeste, le regard et le corps (le geste de la main). J’aime le portrait en « plan américain » (comme on dit au cinéma) car le corps du sujet aussi est impliqué, la stature de la personne désignant autant, et parfois plus encore, que les traits. Car pour moi, la présence est le secret de toute ressemblance.

La bouquiniste, portrait de Laure S.

huile sur toile, 100×100 Prix2000€ + envoi

« Jamais on ne peut éprouver, au cours de la création d’une oeuvre d’art, un sentiment de parfait bonheur. L’acte de création en porte la promesse que l’on sent disparaître à mesure que le travail s’avance. Car le peintre prend alors conscience qu’il ne peint pas autre chose qu’un tableau. Auparavant il avait presque espéré que cette image allait prendre vie. » Lucian Freud.

L’Anthropologue, portrait de Valeria E.

huile sur toile, 100×100 cm Coll. particulière

« Je suis touché par vos sujets, mais votre traitement manque de singularité… Ce que j’aime chez un artiste c’est la singularité, ce qui le rend unique et identifiable. » On me fait cette réflexion que j’entends volontiers et j’en profite donc pour rappeler voire préciser l’intention qui guide mon travail. L’époque moderne aime la singularité et son ostentation, ce qui est de bonne guerre puisqu’elle est celle de l’homogénéisation des individus, de la statistique et de l’anonymat, ce que Robert Musil appelait l’homme sans qualité. Le motif importe moins que la manière du peintre: c’est le fondement de l’expressionnisme figuratif ou abstrait. Et chacun de tordre son regard et sa main pour faire du style, de l’unique, de l’identifiable: de la marque dit-on dans le monde du commerce. En ce qui me concerne, la singularité subjective ne m’intéresse pas : c’est celle du tableau qui m’intéresse. Est-ce qu’il me donne à voir le monde, les êtres, le sens du présent ? C’est la singularité de la présence des choses, des êtres, de la vie que je cherche à peindre, pas celle bien illusoire du moi. Le tableau est une rencontre entre moi et le sujet à l’aune de l’oeil et de la main. Il est réussi lorsque le sens (la vie) se fait visible. La technique est à son service.

La musicienne, portrait de Suzanne B.

huile sur toile, 100×100 cm, Coll Particulière

Peut-être qu’il faudrait promouvoir un nouvel humanisme qui ne repose plus sur la raison calculatrice issue des Lumières. Peut-être qu’il faudrait repenser la fameuse phrase de Protagoras que la modernité a interprétée comme une invite à la domination de la nature: l’homme (l’humain) est la mesure de toute chose. Car cette mesure, ce n’est peut-être pas la mesure géométrique ou mathématique mais bien plutôt la mesure sensible, sensitive, la mesure des sens et des affects, en jeu dans l’art et dans l’éthique. Dès lors, la domination n’est pas la bonne affaire…

La beauté qui n’est peut-être rien d’autre que la manifestation de cette mesure, me paraît plus que jamais d’actualité. Le sublime, ce sentiment de la démesure dont la modernité s’est vantée n’est peut-être qu’une impasse mystique et morbide. Une personne est belle lorsqu’elle porte et rayonne de sa propre mesure, elle n’est jamais sublime que lorsqu’elle est perdue.

La maraîchère, portrait de Cia G.

huile sur toile, 100×100 cm Prix2000€ + envoi

Le terme d’environnement appartient au vocabulaire technologique des technocrates verts. Ils nous certifient que nous vivons dans l’environnement et qu’il faut le respecter. Comme si tous les environnements étaient respectables!… La notion plus ancienne de milieu, empruntée à la biologie, semblerait plus adéquate mais elle sous-entend que nous serions au milieu. Il est clair aujourd’hui que nous sommes plutôt en périphérie, non?… La planète, dérivée de l’astro-physique, a quant à elle, besoin de protection. Les astro-physiciens ont souvent des grandes barbes de pater familias. Protéger la planète est une inquiétude de joueur de playmobil. Comme si nous étions en orbite!… Le vieux mot de nature est déjà plus intéressant car nous ne sommes pas dans la nature, nous sommes de la nature. Mais c’est quoi la nature? Ce n’est pas le monde qui peut la nier, ni l’univers qui n’en a cure… La nature n’existe pas et n’existera jamais sur Mars. Car la nature ne se domine pas, ne se transporte pas, elle est un fabuleux hasard à cultiver. Comme ce chou vert que Cia fait pousser sans chimie, sur le côteau, sous des bleus de ciel, entre Sainte-Croix et Fabas. Elle le vend au marché. Et moi, je le mets dans le pot au feu.

La vigneronne, portrait de Chrystelle R.

huile sur toile , 100×100 cm Prix2000€ + envoi

Louis Dumont, dans ses « Essais sur l’individualisme », montre comment l’individu occidental moderne résulte d’un processus historique initié par le renoncement au monde des premiers chrétiens, la « liberté » fondatrice de l’individu s’affirmant dans le refus de la vie mondaine. A travers les siècles et la création de l’Eglise « universelle » puis son rejet par la Réforme, l’individu s’implique de plus en plus dans le monde jusqu’à, avec Calvin, n’avoir plus, dans la prédestination et l’incertitude de la grâce, que ce monde pour y imposer le Royaume de Dieu par sa volonté et son action. Ce processus débouche inéluctablement sur l’artificialisation du monde puisque la nature, le droit naturel et toute autre instance dépassant l’humain tendent à disparaître au profit du projet d’information et par suite de machinisation de la réalité (cf le projet transhumaniste). Le paradoxe est que l’individu, au nom de sa santé et de son bonheur, se retrouve assujetti à la machine, peu à peu dépossédé de sa liberté et donc en instance de disparition. Voilà mes lectures tandis que je peignais le portrait de cette jeune femme, de celles et ceux qui aujourd’hui résistent aux sirènes de la domination de la nature pour l’écouter.

La photographe, portrait de Céleste L.

huile sur toile, 100×100 cm Prix2000€ + envoi

Le regard de la photographe fixe son objet tandis que le regard du peintre l’envisage. Céleste voit, elle est la voyante par excellence, et tout son art est de voir ce qu’il y a à voir, la scène, la lumière, et cadrer de son objectif. Le peintre cherche plutôt comment voir, car il voit à tâtons. Il envisage l’objet (ou le sujet), et son regard passe par la main pour voir. Le regard de la photographe saisit, le regard du peintre poursuit (comme une « lampe poursuite » de music-hall) ce que sa main lui donne à voir. Le peintre ne voit pas, il a vu, quand le tableau est terminé, s’il a réussi.

La liseuse, portrait de Joële C.

huile sur toile, 100x100cm Prix2000€ + envoi

Chaque personne a sa lumière. Le mot personne est plus riche et plus vrai que le terme d’individu qui est par trop comptable et n’implique le collectif que dans l’addition. La personne, c’est autre chose, elle se constitue à partir de l’autre. C’est pourquoi on peut s’en faire un masque. La personne se constitue par le regard de l’autre. Le bon sauvage n’est qu’une fiction juridique, en vrai il y a toujours déjà les autres, Rousseau l’avait bien vu. Le portraitiste, regardeur par excellence, a fait de la restitution de ce regard sa gageure. Joële C. sortait du marché quand je l’ai saisie. Elle avait fait son plein de livres sur le stand du bouquiniste. Car elle est grande liseuse. Le plus long à trouver dans ce portrait fut le fond. Par cinq ou six fois je l’ai repris. Car c’est de lui que vient la lumière. Et chaque personne a sa lumière.

L’entarteuse, portrait de Marion C.

huile sur toile, 100×100 cm Prix2000€ + envoi

Chaque individu est unique, c’est le postulat humaniste. Cette unicité n’est ni arithmétique ni mathématique ni informatique. Irréductible au code. Il faut le répéter, le codage de l’individu est anti-humaniste. Quel rapport avec la peinture? La question de la ressemblance. La ressemblance, ce n’est ni le doublon ni la copie, ni le modèle, ni le codage de la reconnaissance, mais la saisie de l’unique. L’expressionnisme, la stylisation, servent la ressemblance, ils ne la trahissent pas. Les peintres renaissants l’avaient bien vu. Les modernes l’ont oublié trop souvent. J’entends: oh, on dirait une photo!… Oui, certainement, si l’on ne regarde pas, si l’on reconnait seulement. Mais la peinture n’est pas de la reconnaissance faciale. Il s’y joue quelque chose qui échappe à toute reconnaissance, quelque chose de subtil que l’art moderne a cru pouvoir dévoiler crûment, au risque de l’obscénité: la trace de la main et du corps. Vous ne reconnaissez pas l’entarteuse? Vous pouvez donc la voir.

La marionnettiste, portrait de Soraya D.

huile sur toile, 100×100 cm Prix2000€ + envoi

J’ai décidé de faire une série de portraits en format carré. C’est le second. Il s’agît de voir la beauté d’un visage, d’un maintien, d’un port de tête, d’une expression, d’un regard, et de les placer dans un carré sans céder à l’idéalisation. La beauté d’une présence. Le sujet n’est plus un modèle, il est une rencontre, une référence sans référent. Jusqu’où la peinture peut-elle saisir la vérité? C’est la seule question. La technique doit s’y soumettre. Du coup je peins plus lentement.

Portrait de Claude au QR code

huile sur toile, 100×100 cm, Coll Particulière

L’humanisme est probablement né avec la représentation des traits du visage. La Renaissance a fait du portrait la célébration de l’individu et de cette liberté nouvelle de l’esprit et du corps. Le portrait rassemblait alors autour du visage le plus vivant possible les signes caractéristiques de l’identité du personnage: la qualité de l’habit, les accessoires, objets ou outils, voire quelques animaux comme cette hermine splendide de la Dame de Léonard. Aujourd’hui que nos vêtements sont « casual », et que les signes extérieurs d’originalité sont neutralisés par les effets de mode, notre identité se réduit peu à peu à une formule codée qu’elle soit biologique ou sociale, un immense pas en avant ayant été franchi en matière de codification sociale à la faveur des terreurs épidémiques. Inutile de rappeler que le codage des individus, quelles que soient les bonnes intentions est un acte anti-humaniste.

Le QR code qui signifie code à réponse rapide, a été mis au point par un ingénieur japonais pour pouvoir suivre l’historique et le parcours des marchandises. Avec le fanatisme numérique et la pandémie, il est aujourd’hui appliqué aux êtres humains qui sont désormais « tracés » comme des marchandises. Le smartphone étant le mouchard portatif obligé.

Aujourd’hui, le portrait en peinture, outre le plaisir qu’il procure à chaque stade de son exécution à travers la recherche de la touche juste, a quelque chose d’une réaffirmation de l’humain.