
Exposition
Du 1er mai au 25 mai 2026
Voir est un acte. Contrairement à ce que la paradoxale « immédiateté médiatique » des écrans donne à croire, voir est un acte. Le peintre en sait quelque chose, lui qui voit avec l’oeil joint à la main. Quand le tableau est réussi, je le vois. Je l’expose car je le juge capable de solliciter l’acte du regard. De prime abord, la ressemblance met le regard en confiance. Il déchiffre selon ses habitudes quotidiennes: il voit sans s’en apercevoir. Mais l’usage de la perspective impérieuse et inhabituelle (les « Parisiennes ») ou la multiplication des lignes de fuite et la confusion des formes (les « Forêts ») viennent troubler cette confiance: le regard est mis en tension. Tension du fond et de la forme, dans l’écrasement vertical, leur indiscernabilité possible, tension entre l’espace réel sollicité par la ressemblance et l’espace pictural qui le dénonce ou l’envahit. Alors le regard se perçoit agissant, bousculé, basculé sans cesse, sans violence facile, entre le mode figuratif et l’abstrait, entre l’à-plat et l’espace illusionniste: le tableau se fait point de vue en tension, piège à méditation, je le contemple autant qu’il me contemple. Ce n’est plus la fameuse fenêtre sur le monde d’Alberti et de la Renaissance, ni la fameuse surface d’expression de la peinture moderne, le regard y entre dedans. C’est pourquoi la taille du tableau m’importe: un mètre sur un mètre au minimum pour que le regardeur s’y plonge. La « technique » ou le « métier » sont tout du geste: la main du peintre dans la touche qui sollicite le mouvement du regardeur qui s’avance ou recule devant le tableau pour savourer l’acte de son regard.